Previous Page  33 / 79 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 33 / 79 Next Page
Page Background

– 67 –

Janvier 1983

– Tout ce que nous ne savons pas,

voilà l’image de l’infini. Notre savoir (ou plus

exactement “notre interprétation du monde”),

nous a rendus sots et orgueilleux. La réalité, la

réalité réelle

de l’univers (celle qui se compte

en mégaparsecs), nous ne la voyons pas. Nous

ignorons ce que nous avons sous les yeux, au-

dessus de la tête et forme la tapisserie du réel.

Ce petit bout de lorgnette que nous appelons

connaissance est un conte pour enfants apeurés.

Comme il n’y a rien devant nous, que l’infiniment

grand et l’infiniment petit, nous avons bâti une

niche confortable où des dieux bienveillants

veillent sur nos marelles. Sottises ! La terre tourne

et le monde n’est pas une cour de récréation.

Nous nous agitons. Voilà notre vérité. Même vivre

et mourir ne sont que deux verbes abstraits, une

simple vibration de l’air. Que croit-on savoir ?

“

il est beau…

comme la rencontre fortuite,

sur la table de dissection,

d’une machine à coudre

et d’un parapluie.

”

Lautréamont – les chants de maldoror, chant VI.