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février 1982
– Me voici neuf ! C’est émouvant.
J’ai conscience d’un rapport résolument différent
avec la peinture. Non plus dans “un face-à-face”
devant la toile vierge d’un blanc qui éblouit l’œil
mais “devant le vide” d’une surface sans surface,
un espace qui laisse filer le regard au loin, jusqu’à
l’intérieur de moi-même. Ce n’est pas un simple
changement de position, c’est un renversement !
Dans cette attitude nouvelle, j’ai désappris toutes
mes manies de peintre, mes tics, mes travers.
Neuf, vous dis-je !
Avril 1982
– Quelles sont mes possibilités ?
D’abord interroger chaque composant, détailler
tout ce qui entre en jeu dans le dévoilement de la
réalité. Comment le monde s’hallucine-t-il dans
l’œil ? La lumière, comment se pose-t-elle sur
la matière ? Comment forme-t-elle la texture ?
J’inaugure cette peinture inversée par son
expression la plus pure : la couleur. La couleur est
déjà sujet, elle a sa vie propre. Mais je suis très
vite bloqué : les aplats font écran à ma vision. Alors
je change d’outils. Avec des feuilles de plastique
gravées de ma composition me vient l’idée
“d’ouvrir la couleur” qui tantôt s’écarte, tantôt
s’agglutine formant ainsi une variété infinie de
dégradés, de motifs, de grésillements, d’intensités.
Soudain mes surfaces prennent vie et laissent
apparaître l’âme du réel.
propos miel & citron sur jaune indien
H/L: 92/73 - 1983
lisières en trois teintes
H/L: 41/33 - 1983
dernière lisière avant le néant >
H/L: 58/48 - 1983
alji à la lisière des mondes
H/L: 30/60 - 1983
pages suivantes
ligne traversière bleue
H/L: 81/65 - 1983
ligne traversière rouge
H/L: 81/65 - 1983
Mai 1982
– Discrète au début, en lisière, la ligne
fait son entrée dans l’espace. Altière, venue dont
ne sait où, elle pénètre la couleur, flirte avec les
bords et va se perdre dans un “ailleurs” au-delà du
tableau. Je jubile ! La couleur, un trait, l’ombre et
la lumière, il n’en faut pas davantage pour que ma
peinture existe. J’aime cette géométrie minimale.
à mesure qu’elle prend de l’assurance, la ligne
s’enroule autour des choses, capture les sujets.
Je me laisse faire
Juin 1982
– Il n’y a de réalité que s’il est possible
de rapporter son existence ! Pourrais-je peindre
mes visions ? J’ai une fascination pour ces
“choses” invisibles qui nous entourent, ces ondes
qui nous traversent en silence, portent des voix
parfois disparues, des images d’un match de boxe
qui a lieu en ce moment même aux antipodes…
Juillet 1982
– J’ai débarrassé la peinture
du linceul blanc de la toile pour peindre sans
“médium”, sans support ! Dans la transparence des
rêves ? Verre / Rêve, comme un axe de symétrie :
est-ce un clin d’œil des anges ? Grâce au verre,
ce magnifique miroir sans tain, l’espace devient
mon support, je peins dans le ciel
la limpidité de
l’être
; et lorsque la peinture bute sur une tension
insaisissable, c’est de l’autre côté que je cherche
ma vérité. L’envers devient mon prolongement,
mon dédoublement. Si mon «moi» est dans ma
peinture, nous ne nous regardons plus l’un l’autre ;
nos regards se tournent dans la même direction.




