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j’écoute. j’attends. j’entre en perception,
un état de “recevoir sans réserve”. Désormais, peindre est une danse. C’est affaire de rythme. Je ne sais pas où je
vais. Je peins comme s’il s’agissait d’une percussion directe de l’esprit ; tout mon corps entre en jeu, se déplace,
vibre autour de cette fenêtre sur le vide, tantôt vers le haut, tête en bas, puis de biais ou courbé, presque
accroupi, puis d’un coup déplié, prendre appui, les jambes enracinées dans le sol pour donner de l’intensité à
cette écriture violette d’écolier… Mes mains se libèrent plus vite que mes pensées ; elles font, elles écrivent,
elles gravent sans même me consulter, comme sous la dictée. Le travail disparaît au profit d’une spontanéité
qui me dépasse : ciseler, frapper, rayer, tamponner, griffer puis à nouveau attendre, comme en suspens… faire
résonner l’âme comme un gong, en être le séismographe… Staccato, largo, pianissimo, cette calligraphie épouse
ces états de conscience qu’on peut à peine qualifier de pensées, de sensations…
“il m’est impossible de considérer un tableau autrement que comme une fenêtre
dont mon premier souci est de savoir sur quoi elle donne…”
André
breton
- le surréalisme et la peinture.




