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juillet 1994
Nostalgie ? Enfantillages ? Pied de nez ? Retour aux sources ? Ce matin sur l’ancien chevalet de bois j’ai posé le trottoir
de mon enfance : un tableau noir saupoudré d’un nuage de craie blanche, sur lequel un frottis précis me permet
d’obtenir ce merveilleux “gris asphalte”, celui-là même où, à Barcelone, coulait mon “pipi d’artiste”, où je dessinais ce
que les nuages m’inspiraient par leurs formes fugaces.
J’ai une éponge gorgée d’eau et le cerveau plein d’envies et de gestes déjà gravés. De longues minutes de
concentration, avant de m’élancer. Valse allègre de la main et du corps. L’exécution est rapide, le profil net,
sans coulées excessives. Plus je prolonge la phase “mouillée”, plus le trait s’épaissit. J’y vois figures humaines,
calligraphies japonaises, art Gutai, signes enfantins de Joan Miró, fulgurances de Franz Kline, Hans Hartung, Soulages
à ses débuts… Cela me plaît. Je laisse ainsi. Dans la chaleur de l’été, mon trottoir est vite sec. Je recommence ces
“gribouillages”. L’eau gicle, forme des coulures, des reflets mouillés. Une tête, des bras, une verticale…
Je comprends alors que cet être qui s’évapore inévitablement, porte en lui le symbole suprême : exister, vivre,
épuiser son énergie et disparaître à jamais. Sans perdre un instant je lui tire son portrait. Clic, clac ! Sur la mémoire de
la pellicule un être mouillé vivra, témoin immortel de celui qui bientôt ne sera plus là. Clic-clac, encore et encore, tant
qu’il a de la vie en lui…




