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j’aime
J’aime la Couleur, puissance et nuances, harmonies, contrastes et dissonnances – J’aime
Goya, Vélasquez, Murillo, Dali, Picasso, Tapiès, Miró (est-ce le sang espagnol qui parle en
moi ?) – J’aime me souvenir ce qu’il m’en a coûté, de larmes, de rage, d’oubli, d’errances,
avant de me sentir neuf, modestement, mais exclusivement moi-même – J’aime la force qui
m’a conduit à tout reprendre à zéro : l’insatisfaction – J’aime Duchamp et lui rends grâce
pour sa “Mariée” sous-verre, dont la sublime perfection du hasard fit qu’elle se brisa ! –
J’aime ma nouvelle posture sans repentir, sans retour possible – J’aime quand le doute
me murmure : seras-tu à la hauteur ? – J’aime les braises qui m’empêchent de m’arrêter
– J’aime ma chance, qui m’a préservé des dévoiements : le regard des autres, la répétition,
l’indifférence, la mode, la fatigue, la technique, la volonté, l’aigreur, la reconnaissance, la
falsification, l’usurpation d’identité, l’identité, la pose, la posture, l’immobilisme, la fuite
en avant, en abîme, l’art pour l’art, l’art pour l’argent, l’habitude, ses travers, l’à-quoi-
bon ? l’exaltation – J’aime interroger les “commencements”, Lascaux, Altamira – J’aime
les palindromes, à l’endroit, à l’envers : in girum imus nocte ecce et consumimur igni*
– Je n’aime pas qu’on dise “on n’y peut rien” – J’aime regarder les cumulus dévaler le
ciel à toutes jambes, les peupliers danser dans la brise – Je n’aime pas les idées reçues,
digérées, estampillées – Je n’aime pas vieillir, heureusement ça n’arrive qu’une fois par
an – J’aime le linge bariolé qui flotte aux balcons des ruelles pendant les heures chaudes
de l’après-midi dans les villes solaires – J’aime les crépuscules aux nuages déchirés de
mauves et de roses – J’aime quand le soleil tape comme un gong sur la terre assoiffée –
J’aime les ocres et les bruns des collines désertiques d’Andalousie, ses pierres brûlées,
sonnées de tant de lumière et les chemins qui s’y perdent dans les mémoires – J’aime la
vaillance des oliviers millénaires, leurs corps noueux, torturés par la lenteur des midis –
J’aime ces villages oubliés de tous, au lointain des sierras, et la fragile silhouette de don
quijote de la mancha – J’aime ma quête sans fin, celle d’un chercheur d’art – J’aime les
côtes déchiquetées d’écume quand les falaises de pins plongent en abrupts orangés dans
l’outremer inimitable de la Méditerranée – J’aime quand les vagues en roulant répètent à
l’infini “Que fais-tu là ? Que fais-tu là ?” – J’aime quand il fait si chaud que même respirer
brûle l’âme – J’aime le plaisir simple de mettre sa tête sur l’oreiller frais de la sieste et de
faire accourir les visions – J’aime mes visions…
à l’orée de la découverte – 1981
(détail)
autoportrait
j’aime
g
j’ai vu
j’aimerais
j’ai peint
je me souviens
j’ai appris
j’ai fait




